XVIe siècle: Du Bellay - Une louve je vis sous l'antre d'un rocher

Mon premier texte sera consacré à Joachim Du Bellay (1522 - 1560), pétri de culture latine au collège de Coqueret et illustre membre de la Pléiade.


Une louve je vis sous l'antre d'un rocher


Une louve je vis sous l'antre d'un rocher

Allaitant deux bessons : je vis à sa mamelle
Mignardement jouer cette couple jumelle,
Et d'un col allongé la louve les lécher.


Je la vis hors de là sa pâture chercher,
Et courant par les champs, d'une fureur nouvelle

Ensanglanter la dent et la patte cruelle
Sur les menus troupeaux pour sa soif étancher.


Je vis mille veneurs descendre des montagnes
Qui bornent d'un côté les lombardes campagnes,

Et vis de cent épieux lui donner dans le flanc.


Je la vis de son long sur la plaine étendue,
Poussant mille sanglots, se vautrer en son sang,

Et dessus un vieux tronc la dépouille pendue.


Les Antiquités de Rome


J'étudie ce magnifique poème avec mes 5e latinistes lorsque nous avons abordé la fondation de Rome et la légende de Romulus et Rémus. C'est un texte qu'aucun d'eux ne connaît généralement et qui met en scène la fameuse louve qui sert en quelque sorte de "logo" à l'histoire romaine.

Après quelques remarques sur ce sonnet et l'explication des quelques mots de vocabulaire qui peuvent poser problème, nous étudions la présentation de ce "personnage principal".


1. Il s’agit d’un sonnet, poème à forme fixe dans l’art duquel Du Bellay était passé maître :

- 2 quatrains, 2 tercets --> 14 vers

- 2 fois 4 rimes embrassées, 2 rimes plates, 4 rimes croisées
- vers en alexandrins

2. Vocabulaire :
- « bessons » : (< lat. bis = 2 fois) : terme populaire désignant des jumeaux.
- « mignardement » : avec une grâce, une douceur, une délicatesse affectée.
- « veneurs » : ceux qui dirigent les chiens dans une chasse à courre.
-  « lombardes » : de Lombardie, région du nord de l’Italie dont la capitale actuelle est Milan.

3. La louve est présentée sous deux aspects :
- l’un : tendre et maternel : une femelle allaitant deux jumeaux comme s’ils étaient des louveteaux
- l’autre : cruel et sauvage : la louve retrouve son instinct de prédateur : « fureur nouvelle, ensanglanter la dent, patte cruelle », loin des deux enfants elle montre son vrai visage.

4. Selon la légende, ce serait le berger Faustulus qui aurait tué la louve et ensuite emmené les enfants. Ici, Du Bellay nous montre l’animal victime d’une gigantesque chasse à courre « mille veneurs » une chasse sauvage et impitoyable dont elle n’a aucune chance de réchapper « cent épieux »
  Sa mort également est pathétique : « poussant mille sanglots » qui s’adressent aux « mille veneurs » et sa peau, sinistre trophée, est accrochée à un arbre : « Et dessus un vieux tronc la dépouille pendue »

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